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Groupe Orange : un pionnier de l’apprentissage dans l’écosystème numérique

(Par Véronique Anger-de Friberg, février 2016)


Depuis de nombreuses années, dans le cadre de l’engagement sociétal de l’entreprise, le groupe Orange se positionne comme un acteur majeur de la transmission du savoir et de la culture. Un engagement fort auquel participe Armelle Pasco*, directrice des partenariats culturels.

Véronique Anger-de Friberg : Le eLearning et les formations en ligne existent depuis longtemps déjà, mais l’apparition des MOOCs est en train de révolutionner l’apprentissage dans l’écosystème numérique. Comment expliquez-vous ce succès ?
Armelle Pasco : Nous sommes convaincus, chez Orange, que le numérique est une fabuleuse façon de transmettre le savoir. Nous avons créé Solerni, une solution logicielle nouvelle génération au service des entreprises, des établissements et des start-ups qui souhaitent concevoir et publier des MOOCs[1] ou toute autre forme de dispositif collaboratif en ligne. Les besoins des entreprises, notamment en termes de formation à des métiers réclamant des compétences techniques très pointues, sont tellement spécifiques que nous leur fournissons des Moocs sur-mesure, incluant la plateforme technologique, l’accompagnement, l’ingénierie pédagogique, etc. Ces Moocs permettent de former de la même façon, et en un temps limité, des milliers de personnes. Contrairement aux systèmes traditionnels, les coûts de création sont assez élevés, mais il sont quasi  nul en termes de diffusion (nul besoin de formateurs ou de se déplacer sur les sites où se déroule la formation) et les modèles sont évolutifs.
Souple et simple à appréhender techniquement, le Mooc repose sur un savant équilibre entre vidéos, textes, quizz ludiques d’auto-évaluation, ressources documentaires (entretiens, articles, podcasts, reconstitutions 3D…). Les apprenants ont aussi la possibilité de poser des questions et de dialoguer avec des experts, de travailler en mode collaboratif, d’échanger informations et conseils, de débattre entre eux ou de partager leurs expériences sur les réseaux sociaux. En plus de former une vraie communauté, cette partie sociale, forum, des Moocs donne un côté très vivant aux formations.

VA : Quels sont les profils types des apprenants ?
AP : L’an dernier, nous avons lancé un premier Mooc grand public sur l’impressionnisme. Avec plus de 15 000 inscrits, ce fut un franc succès. Il est intéressant d’observer l’amplitude des âges et profils des apprenants. De nombreux étudiants, des élèves accompagnés par leurs enseignants, mais aussi des retraités suivent nos formations. Nos Moocs réclament une grande disponibilité d’esprit et en temps, car ils engagent sur une période pouvant s’étaler sur 6 à 8 semaines. Les amateurs d’art représentent un public fidèle également, et trouvent dans nos outils matière à approfondir ou à évaluer leurs connaissances.
Avant de lancer les premiers Moocs, nos équipes techniques développaient déjà des applications pour les visiteurs des grandes expositions soutenues par Orange. Nous avions ainsi observé que les visiteurs qui utilisaient ces applis aimaient se renseigner avant leur visite et/ou approfondir leurs connaissances ensuite. Pour eux, et pour les personnes physiquement dans l’incapacité de se déplacer (scolaires, entreprises, maisons de retraites, hôpitaux, prisons…) intéressées par l’exposition, nous avons imaginé la possibilité de suivre des visites de musée à distance. Les conférenciers se déplacent dans le musée, équipés d’une caméra et d’une liaison internet,commentent les œuvres et peuvent répondre en direct aux questions de ce public dit « empêché ». De son côté, le public a simplement besoin d’un rétroprojecteur et d’un ordinateur connecté. Avec internet, ces visites à distance sont techniquement possibles, mais il est vrai que les usages sont encore balbutiants.

VA : Quels sont vos retours d’expériences (bénéfices, impacts, blocages, leviers d’appropriation…) ?
AP : Les retours sont très positifs et encourageants, puisque beaucoup de participants ont mené la formation sur l’impressionnisme à terme avec succès. À l’issue des 8 semaines de cours, 2 000 inscrits ont décroché leur diplôme, remis par la Réunion des Musées Nationaux. Tous ont été invités à visiter l’exposition sur l’impressionnisme au Musée d’Orsay. Depuis, nous avons lancé deux nouveaux Moocs culturels : un Mooc consacré à Picasso, en partenariat avec l’exposition Picasso Mania au Grand Palais. Un autre Mooc qui accompagne l’exposition « Le roi est mort » au château de Versailles, pour fêter le tricentenaire de la disparition du Roi Soleil. Nous avons voulu raconter la vie de Louis XIV au château de Versailles, une journée à la Cour sous Louis XIV, du lever au coucher du Roi. Les utilisateurs de ce MOOC sont principalement des actifs (35% d’employés-ouvriers et 31% de cadres), ce qui montre que les Mooc peuvent être accessibles à des publics aux profils très différents.
Notre grande surprise a été de découvrir que nous intéressions aussi des enfants passionnés d’art ou d’histoire. Nous attirons également de plus en plus d’enseignants qui s’approprient le Mooc et l’utilisent pour préparer leurs cours d’histoire ou pour challenger leurs élèves. Récemment, ce sont des jeunes de troisième du collège d’une ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire) de Vallauris (dans le sud de la France) où Picasso a vécu. Vallauris est renommé depuis 1959 pour une œuvre, La Guerre et La Paix, installée par l’artiste dans la chapelle du château.
Ces collégiens travaillent par petits groupes répartis au centre de documentation de l’école. Ils regardent les vidéos, écoutent les enseignements, remplissent les quizz d’auto-évaluation qui donne ce petit côté challenge geek qui plaît beaucoup. Quand ils ne réussissent pas du premier coup, ils peuvent refaire le parcours, revoir les vidéos ou tenter le quizz autant de fois que nécessaire. En termes d’apprentissage, cette méthode est excellente pour comprendre et mémoriser à son rythme et sans souffrance. Les élèves sont accompagnés, responsabilisés, dans une ambiance décontractée où se mêlent interactivité, entraide, jeux pédagogiques et évaluation.
Le professeur met les contenus en perspective, et son enseignement s’inscrit davantage dans la complémentarité et l’interactivité que dans une stricte relation maître-élève/sachant-apprenant dans la philosophie de la « classe inversée » ou de la Khan Academy où l’on apprend à apprendre... Des modèles qui connaissent un succès grandissant en permettant de travailler ensemble et en mobilisant les jeunes sur des projets collectifs qui donnent du sens aux programme scolaire. La directrice d’établissement de ce collège de ZEP a témoigné d’une vraie volonté de s’engager à travers notre Mooc, qui est devenu un projet d’école pour toutes les classes de troisième. Nous avons demandé aux enfants inscrits au Mooc sur Picasso de réaliser des dessins en imitant le style Picasso. Nous avons obtenu une production de dessins extraordinaires que nous avons partagés sur internet. Les enseignants travaillent ensemble et les élèves sont plus motivés, à tel point qu’ils réclament des Moocs pour chaque matière !

VA : La pédagogie d’apprentissage dans l’écosystème numérique est une compétence nouvelle. On veut faire entrer le numérique à l’école, mais cela ne doit pas se faire au détriment des contenus. Qu’est-ce qu’un Mooc réussi ?
AP : Nous touchons aux nouvelles formes d’apprentissage en effet. Les compétences scientifiques, historiques, pédagogiques… ne suffisent plus. Il faut apprendre à découper les contenus et les séquencer dans le temps, habiller le Mooc pour que le niveau d’enseignement soit accessible au plus grand nombre, faire en sorte que les contenus soient digestes et se déroulent correctement étape par étape. C’est pour cela que nous travaillons avec des ergonomes, des sociologues, des correspondants Éducation dans les musées, notamment au château de Versailles et à la RMN. Nous recrutons aussi des compétences d’ingénierie pédagogique adaptée au numérique pour la prise en compte des aspects d’ergonomie notamment. La navigation dans le Mooc doit être intuitive, les contenus faciles à mémoriser, les ressources complémentaires numériques (vidéos, interviews audio, reconstitutions 3D...) rapides à trouver, le quiz au bon niveau d’évaluation pour ne pas dégoûter les apprenants, etc. Par certains aspects, le Mooc se rapproche beaucoup des serious games. Tout cela exige beaucoup de travail, de psychologie et d’efficacité pour adapter, imaginer ou réécrire des contenus sur des sujets parfois ardus et souvent transdisciplinaires pour les rendre à fois accessibles, utiles, agréables et ludiques. Un Mooc d’une plateforme de grande université ne se conçoit pas de la même façon qu’un Mooc grand public ou pour un jeune public. Nous devons parfois remasteriser (repenser totalement) les contenus avec des comédiens, qui lisent un texte adapté et vulgarisé. Chacun de nos Moocs comporte aussi une planche animée, qui résume les contenus à retenir à la fin de chaque séquence.

VA : Orange a toujours su conjuguer innovation et culture. Pourquoi ce choix, et quels sont vos prochains chantiers ?
AP : Nous pourrions décliner des Moocs à l’infini et sur n’importe quelle thématique : de l’histoire du rock à la formation professionnelle la plus pointue, mais nous devons faire des choix, car la question des coûts impose nécessairement des limites. Le prix du matériel mis à disposition dans les établissements scolaires est abordable (ordinateurs, tablettes, liaisons ADSL, etc.) et facile à déployer, mais développer un Mooc implique aussi de faire travailler ensemble des équipes issues de disciplines différentes.
Nous avons commencé par des Moocs culturels parce que la culture était déjà un terrain d’expérimentations des chercheurs du Lab d’Orange. De plus, travailler avec une institution culturelle permet de profiter de contenus riches et d’un public existant. Il y a 8 ans, nous avions développé une application de visite des jardins de Versailles, intégrant des fonctions de géolocalisation et de réalité augmentée, ce qui était précurseur à l’époque. Cette appli, toujours disponible, est régulièrement mise à jour. Nous avons également travaillé avec le musée du Louvre-Lens. Le défi consistait à proposer des outils de médiationaccessibles et innovants dans ce musée tout neuf permettant d’intégrer aisément de la technologie.
Le Musée du Louvre (Paris) est un autre exemple intéressant. Le Louvre incarne « le » musée dans toute sa splendeur et, jusqu’à récemment il laissait les visiteurs venir à lui, mais les la politique des musées évolue. Nous sommes ainsi en train de développer des outils numériques pour accompagner La Petite Galerie, un ouvel espace à vocation pédagogique. Notre outil devra permettre aux professeurs de préparer leurs cours et aux élèves (équipés de tablettes) d’aller chercher des contenus, de prendre des photos, de faire des annotations… Ils pourront tout sauvegarder sur le Cloud et les récupérer une fois en classe, pour poursuivre leur travail et faire le lien avec ce qu’ils auront vu dans le cadre de la visite.
Nous avons également conçu une application destinée aux scolaires tunisiens et aux touristes, qui visitent le Musée national du Bardo en Tunisie. Ce n’est pas un hasard si Le Bardo a été attaqué, tant il symbolise la rencontre, le croisement, le mélange des cultures et des civilisations. Quand la culture est menacée, nous avons le devoir de la transmettre plus encore aux plus jeunes, dès l’école, car elle reste le meilleur rempart contre la barbarie, et le numérique permet de sauvegarder, de préserver et de diffuser ce savoir culturel.
Nous nous apprêtons aussi à lancer un nouveau Mooc sur les grandes thématiques de la place de l’Homme dans la nature en collaboration avec le Musée de l’Homme qui a réouvert ses portes en octobre dernier. On l’oublie souvent, mais le Musée de l’Homme, qui appartient au Museum d’Histoire naturelle, est également un musée-laboratoire, un centre de recherches incomparable dans le monde qui travaille avec les plus grands chercheurs sur la compréhension de l’Homme et le devenir de nos sociétés.
Les Moocs sont de fabuleux outils, car ils permettent au plus grand nombre de s’approprier des connaissances et de se familiariser avec ce qui semblait, avant l’ère numérique, un savoir réservé à une élite. Grâce au numérique, l’art est à la portée de tous, amateurs éclairés ou néophytes, jeunes et moins jeunes,. Le sens de notre action, en tant qu’entreprise au cœur des grandes mutations technologiques et sociétales, c’est aussi d’être à l’avant-garde des tendances de marché, des nouvelles pratiques et outils, et d’en faire bénéficier le plus grand nombre. C’est dans cet esprit que nous avons créé des applis pour tablettes qui transforment un ouvrage en livre « enrichi ». Le lecteur peut ainsi (re)lire Candide ou l’optimisme de Voltaire et mieux comprendre l’univers de ce conte philosophique. Il peut voir des fac-similés, comparer les illustrations des différentes éditions ou encore étudier l’écriture manuscrite de Voltaire. Dans Au bonheur des Dames d’Émile Zola, le lecteur découvre cette fois la transformation de Paris sous l’impulsion du baron Haussmann. Il a accès à de nombreuses ressources iconographiques, à des explications sur le contexte politique de l’époque, etc. À travers les livres enrichis, nous voulions aussi montrer que les outils numériques permettent de partager des passions.

VA : Orange semble s’intéresser de très près au milieu du livre. Vous-mêmes êtes à l’origine du Prix Orange du Livre. Orange aurait-il vocation à devenir éditeur ou libraire ?
AP : Non, Orange n’a pas cette vocation ! Nous avons créé le Prix Orange du Livre avec l’écrivain et membre de l’Académie française Erick Orsenna en 2008. Ce Prix récompense une œuvre littéraire écrite en langue française, éditée en France entre le 1er janvier et le 31 mars de l’année. Dès l’origine, nous avons tenu à associer les internautes, qui représentent la moitié des 14 membres du jury. L’autre moitié est composée d’écrivains et de libraires. Le jury représente une voix, mais ce sont les internautes qui votent pour ce prix du public. Les membres du jury sont issus de milieux sociaux très différents (on y trouve des  facteurs, assistants sociaux, services à la personne, enseignants…). Ils partagent tous le même amour de la lecture et ils écrivent souvent magnifiquement à propos des livres qu’ils défendent. La passion de la littérature n’est pas réservée à une élite fort heureusement !
Proposés par les internautes (Lecteurs.com rassemble 200 000 membres) et le jury, les choix sont très éclectiques. 5 finalistes seront qualifiés sur les 30 sélectionnés au départ. Chaque membre (écrivain, libraire ou simple lecteur) défend avec passion ses choix, à égalité au sein du jury. Ce Prix est une vraie aventure, et nous vivons des moments assez magiques. Au fil des ans, nous avons acquis une certaine légitimité puisque nous sommes devenus un interlocuteur familier de nombreux éditeurs et écrivains. Le Prix Orange du Livre 2016 sera remis à la Maison des polytechniciens en juin prochain par Orange et Erick Orsenna, qui préside le jury depuis le lancement.


[1] Les MOOC (Massive Online Open Courses) sont des enseignements gratuits, en ligne ouverts à tous proposant des séquences de cours pouvant s’étaler sur plusieurs semaines). 

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*Après des études de sociologie politique à la Sorbonne, Armelle Pasco démarre sa carrière dans les métiers du conseil en organisation, du mécénat et de la communication. Aujourd’hui directrice des partenariats culturels au sein du groupe Orange, elle participe au développement de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) et de l’innovation. En collaboration avec les laboratoires d’Orange, son équipe réalise de nombreux projets numériques et technologiques de médiation et de diffusion en lien avec de grandes institutions culturelles et patrimoniales. Armelle Pasco est à l’origine du Prix Orange du Livre, des premiers Moocs culturels en France et de guides de visite innovants pour les musées.
Elle codirige également le Digital Society Forum, un forum de réflexion sur l’impact du numérique sur la vie des citoyens et partage, au travers de partenariats avec des think tanks, la vision d’Orange sur des sujets socio-économiques (éducation, travail, démocratie...).
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Ce qu’il faut savoir sur le Digital Society Forum
Le Digital Society Forum est une plateforme collaborative ouverte qui a pour mission d’aider le plus grand nombre à appréhender les mutations engendrées par le numérique. Initié par Orange, avec Psychologies magazine et la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), le projet rassemble chercheurs, acteurs économiques et représentants de la société civile autour de grands thèmes de la vie quotidienne. Cette vision croisée est partagée via un site web dédié et lors d’événements publics en région et à l’étranger. Ces rencontres ont pour but de susciter le débat et de proposer, sur la base des expériences de chacun, des pistes d’action pour s’adapter aux changements en cours. Plus d’infos sur : http://digital-society-forum.orange.com


À propos du groupe ORANGE
Partenaire important de Forum Changer d’Ère depuis sa création, le groupe Orange met son expertise numérique au service de la diffusion des savoirs et propose de nouveaux outils pédagogiques innovants (notamment les Moocs et autres dispositifs multimédias interactifs) pour faire profiter le plus grand nombre des bénéfices du numérique.
Opérateur majeur du monde des services de télécommunications aux entreprises, acteur clé dans la numérisation de la société, engagé pour éclairer les changements sociétaux induits par le numérique, le groupe Orange mène des partenariats de recherche avec des institutions culturelles avec l’ambition de mettre le numérique au service de la culture, facteur de développement humain, économique et social.