Changer d’ère ou changer d’air ? Les deux mon Général !


Par Emmanuelle Duez[1]
Emmanuelle Duez interviendra au Forum Changer d’Ère#2 le 5 juin prochain à la Cité des Sciences & de l’Industrie.

            Changer d’air pour laisser la jeunesse respirer, pour laisser de la place, de l’espace. Changer l’air saturé pour de l’air frais. Changer juste pour voir ce qu’il pourrait y avoir, à la place. Et changer pour quoi ? Pour les moins de 30 ans, les vrais jeunes -à opposer aux éternels jeunes politiques- ceux qu’on appelle la génération Y, bientôt la génération Z, et outre-mer les Millennials. Cette génération qu’on dit désillusionnée, sacrifiée, au bord du suicide collectif.  Ces moins de 30 massivement au chômage, ces cadres et non cadres qui rêvent de l’étranger, de l’entrepreneuriat.

Changer d’air et accepter de laisser sa place. Changer d’air et accepter de voir les choses autrement. Changer d’air et accepter de laisser de coté stéréotypes et préjugés. Parce que cette jeunesse-là ne ressemble pas du tout à ce que vous croyez.
D’abord, pourquoi est-elle si spéciale ? Est-elle seulement spéciale tout court ? A-t-elle autre chose que les attributs traditionnels de la jeunesse ? Oui mon Général. Un oui absolu et sans concession. Cette génération Y est à la fois le fruit de son contexte et de son éducation.

Un monde en mutation
Première génération mondiale, ces enfants du numérique tissent leurs toiles sur les cinq continents. Ils partagent un langage commun, des valeurs transversales. Fruits du digital, ils le sont aussi de leur époque, celle d’un monde instable, rapide, court-termiste, autodestructeur, où à la faillite des institutions politiques se succèdent les faillites des modèles économiques, financiers, environnementaux et sociétaux. Soit une remise en cause profonde de toutes les structures et paradigmes qui ont prévalus jusqu’à présent. D’aucun parlerait d’un monde en ruine, d’autre d’un monde en perdition. Nous parlerons d’un monde en mutation.
Les Yers sont le fruit de cet écosystème, de cet environnement. Génération numérique, produits de la société, les Yers sont également le reflet de leur éduction. Ils ont observé leurs parents évoluer dans des entreprises, faire parfois le sacrifice de leur vie personnelle, parfois de leur confort psychologique en échange d’une sécurité à long-terme qui n’existe plus. Ils les ont vu se faire remercier, littéralement se faire jeter, après vingt ans de bons et loyaux services. Ils les ont vu souffrir. Et ils rejettent en bloc cette logique sacrificielle, et ce d’autant plus que, entre-temps, les cartes du jeu ont été largement rebattues : précarité à tous les étages, CDI à durée limitée, stage à durée indéterminée, chômage de longue durée…
Ces jeunes, fruits de l’instabilité de notre société, de la précarité ambiante, des constats d’échec, entretiennent donc un rapport au monde et notamment à l’entreprise tout à fait inédit. Loin d’être désespérés, ils sont pragmatiques ; ne comptant que sur eux-mêmes, ils sont individualistes ; sachant pertinemment que tout ne vient jamais à point à qui sait attendre, ils sont impatients ; ayant intégré la précarité dans leurs modes de fonctionnement, ils sont court-termistes ; conscients de l’absurdité du système, ils recherchent du sens ; hermétiques aux grands idéaux collectifs, ils sont collaboratifs ; convaincus que personne ne viendra les sauver, ils sont entrepreneurs de leur vie ; spectateurs de la faillite des grandes modèles, ils sont créatifs, n’ayant d’autre choix que d’en créer de nouveaux.

Une remise en cause très forte des modèles actuels
Changer d’air pour les laisser respirer, changer d’air pour les laisser prendre leurs responsabilités et dessiner un monde qui leur ressemble, parce que c’est bien de leur futur dont il s’agit. D’ailleurs ils ne vous ont pas attendu, partout sur la planète poussent comme des champignons et en toute discrétion des modèles alternatifs pérennes, sortes de nouvelles voies, de propositions, d’expérimentation, par une jeunesse en soif de renouveau et de reconstruction.
Changer d’air pour changer d’ère. Car oui, au delà de l’aspect générationnel, au delà des difficultés managériales massives provoquées par l’arrivée de cette nouvelle génération aux aspirations si particulières, au delà d’un problème ponctuel et passager dont on attend que le temps fasse effet, parce que « ça va bien leur passer » ; cette génération Y et toutes les autres qui vont suivre sont le symptôme d’une remise en cause très forte des modèles actuels.
Cette génération de mutants, issus d’un écosystème en mutation, n’est rien d’autre que l’émanation d’un monde instable, ouvert, rapide, mondial. Elle rentre tout naturellement en collision avec les entreprises, notamment les grandes entreprises, émanation quant à elles d’un ancien monde d’une relative stabilité, où les avantages compétitifs permanents faisaient foi, où l’organigramme était roi, où les process et la hiérarchie ont fait le lit de la rigidité et où à l’ouverture on préférait le secret. Cette génération « à problème » doit donc se voir autrement : comme un des signaux forts de l’impérieuse nécessité qui s’impose aux entreprises de muter, aux niveaux managériales, organisationnels et stratégiques, vers des structures fluides, agiles, transparentes, engagées et ouvertes. Tout simplement adaptées au nouveau monde. La bonne nouvelle ? Nous sommes prêts à contribuer.

Pour aller plus loin :
- Le site de The Boson Project  
- Le site Women’up : créateur de liens, révélateur de talents
- La bio d’Emmanuelle Duez.

Retrouvez également Emmanuelle Duez le 22 mai prochain aux côtés de Joël de Rosnay et de Véronique Anger-de Friberg, invités des Rendez-Vous du Futur pour une émission spéciale « 2ème édition du Forum Changer d’Ère ». À suivre en direct depuis les studios du Cube à Issy-Les-Moulineaux ou en vidéostreaming sur internet sur : www.rendezvousdufutur.com pour tout savoir sur le Forum Changer d’Ère #2.



[1] Emmanuelle Duez est cofondatrice de The Boson Project, Laboratoire de Développement du Capital Humain, qui accompagne les entreprises dans cette mutation nécessaire en capitalisant sur le pouvoir créatif et réformateur de la jeunesse, en interne.