Luc Ferry : « Il n’y a pas d’homme libre sans femme libre »

Par Véronique Anger-de Friberg (Les Di@logues Stratégiques, mai 2013)

C’est dans le bureau façon cabinet de curiosités de son appartement parisien que Luc Ferry, esthète et amateur d’art éclairé reçoit ses visiteurs. Rien ne semble pouvoir troubler la sérénité du lieu. Ni les objets hétéroclites, ni les sublimes peintures hollandaises, ni les ouvrages d’art savamment disposés sur la table basse dans un joyeux désordre organisé. Pas même le discret ronflement du petit chat gris perché sur un minuscule tabouret.
Philosophe, écrivain, universitaire, Homme de lettres, ancien Ministre, Luc Ferry est reconnu comme l’un des intellectuels français les plus brillants et les plus influents de son époque Anticonformiste, Luc Ferry séduit par son charme et sa belle intelligence, son appétit de la vie et son empathie envers ses semblables. Rencontre avec un esprit libre.

Véronique Anger : Dans votre livre d’entretien avec Alexandra Laignel-Lavastine (Luc Ferry, l’anticonformiste, Éds Denoël, 2011) et dans La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque (Plon, 2010) vous expliquez que rien n’est plus important pour vous que les relations humaines (l’amour au sens large : l’amitié, la fraternité) et que la philosophie, le sens de la vie finalement, c’est de « chercher la vie bonne ». Qu’est-ce qu’une « vie bonne » ? Peut-on mener une vie bonne sans sacrifier ses désirs, ses amours, ses ambitions ou sa liberté ?

Luc Ferry :
C’est avec la mythologie grecque[1] qu’on  voit apparaître les fondements de l’histoire de la philosophie occidentale. Elle pose déjà  la question centrale, celle du sens de la vie, de la « vie bonne » pour les mortels. Dans L’Odyssée d’Homère, la vie bonne coïncide avec le moment où l’être humain trouve sa place dans l’ordre cosmique. Cette idée dominera le monde grec jusqu’au stoïcisme. On la retrouve sous des formes diverses chez Platon et Aristote. Dans L’Odyssée, Ulysse pense pouvoir trouver la vie bonne sans chercher l’immortalité. Lorsque Calypso la lui offre, il refuse et il continue à chercher la vie bonne tout en acceptant la finitude humaine. A ses yeux, la vie bonne, c’ est la vie ajustée à l’ordre du monde, en l’occurrence à Ithaque. Une vie dans laquelle on peut enfin habiter le présent au lieu de se laisser tyranniser par ces deux fléaux que sont, pour les Grecs, le passé et le futur.
Dans mon livre, La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque, j’ai raconté les autres réponses (les réponses religieuses, celles du premier humanisme, la déconstruction de Schopenhauer et Nietzsche, puis les réponses du deuxième âge de l’humanisme)  à cette question de la vie bonne pour les mortels. L’idée selon laquelle nous avons atteint une vie bonne quand nous avons justifié notre vie quand nous avons réussi à participer aux progrès de l’humanité va dominer les XVIII° et le XIX° siècles. L’époque qui suit a donné un nouveau sens à l’idée de vie bonne. Avec les grands « déconstructeurs », notamment avec Nietzsche, ce n’est plus celle qui contribue au progrès humain, mais c’est la vie intense et libre, et pour y parvenir il faut d’abord  déconstruire au marteau les illusions de la tradition. Comme je l’explique dans mon livre, aujourd’hui, pour des raisons liées à la naissance de la famille moderne et à l’invention du mariage d’amour, l’amour a acquis un statut métaphysique. L’amour n’est plus une passion parmi d’autres comme la colère, la peur ou la jalousie, par exemple,  qui sont des passions démocratiques extrêmement puissantes, l’amour a acquis, pour des raisons à la fois historiques et philosophiques, un statut qui est celui d’un facteur de  sens irremplaçable dans nos vies.
Historiques, car ce statut est lié à cette « révolution de l’amour », au passage du mariage arrangé au mariage choisi, à l’épanouissement du sentiment dans le couple (marié ou non) et la famille ;  philosophiques,  parce que l’amour sacralise  l’autre . Il repose sur le sentiment d’une transcendance d’un genre nouveau, une transcendance qui « ne tombe pas du ciel »  mais que  nous découvrons dans l’immanence de ce que Husserl appelait la « lebenswelt » (le monde vécu, le monde de la vie). Il ne s’agit pas d’une réflexion sur la morale, mais sur la question du sens, sur ce que j’appelle la « spiritualité laïque » ou «  la sagesse des modernes ». « Qu’est-ce qu’une vie bonne pour les mortels ? » reste donc à mes yeux, aujourd’hui comme hier,  la question centrale de la philosophie.

VA : Comment faire en sorte que cette « réflexion sur la sagesse, sur la vie de l’esprit qui nous occupe et nous préoccupe à longueur de temps », comme vous l’écrivez dans La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque, ne soit pas considérée par le commun des mortels comme un luxe réservé aux intellectuels, aux philosophes justement ?
 
LF : Tous les grands philosophes ont conçu la vie philosophique comme une espèce de rupture avec la vie quotidienne. Dans Les Méditations métaphysiques, Descartes prend comme modèle de la philosophie, la folie, c’est-à-dire le rejet du « bon sens » ordinaire . Il va jusqu’à douter que le monde existe, que lui-même est réel, que ses mains ou son corps sont bien ses mains et son corps, qu’il n’est pas en train de rêver, etc. Et de fait, entreprendre de mettre toutes les connaissances à l’épreuve du doute n’est pas l’attitude la plus répandue dans la vie quotidienne. Cela suppose une rupture. La philosophie pose des questions qui nous placent aussitôt en dehors de la banalité. Pour ceux qui n’ont pas choisi de consacrer leur vie à la pensée philosophique, ces questions ne se posent guère qu’ à l’occasion des accidents de la vie (deuils, perte d’emploi, maladie, ruptures…). Schopenhauer disait que sans la mort, la philosophie et la religion n’existeraient pas. Si on ne vivait pas, à certains moments de notre vie, cette rencontre étrange avec des accidents irrémédiables -et par excellence la mort des êtres chers en est un- il est probable que la philosophie et les grandes religions n’existeraient tout simplement pas.

VA : Francis Fukyama pensait que l’Histoire se terminait en 1989 avec la fin de la guerre froide, la fin du combat entre les idéologies. On s’aperçoit que les révolutions se poursuivent au Maghreb (Tunisie, Egypte, Lybie, Syrie…) et qu’elles reposent, finalement, sur les mêmes ressorts que celles qui ont précédé la chute du Mur à l’Est. On s’aperçoit aussi que les forces ne sont ni politiques, ni idéalistes, ni armées, qu’elles s’appuient sur les cyber-réseaux et se font en temps réel. Plutôt que de parler de dialectique universelle de la démocratie, n’assiste-t-on pas plutôt à un changement de paradigme démocratique, dont les partis, les médias, les élites, sont exclus ?

FL : Je vais vous surprendre, mais je considère que Fukuyama avait largement raison, contrairement à ce qu’ont déclaré, sans prendre la peine de le lire, la plupart des intellectuels français. Lorsque le marxisme s’est effondré, que le Mur de Berlin est tombé et que l’Union soviétique a implosé, le marxisme (dans sa splendeur communiste) et le libéralisme démocratique (la démocratie libérale) représentaient deux principes d’organisation de la vie politique quasiment équivalents, au sens où ils pouvaient tous deux prétendre valoir universellement. Il y avait encore une espèce de gigantomachie, un conflit ente deux visions du monde grandioses qui se partageaient l’univers : le communisme d’un côté, la démocratie libérale de l’autre. Quand l’un des deux s’est effondré, nous nous sommes en fait rendu compte qu’il était pratiquement impossible de  penser un horizon autre pour des êtres humains adultes que celui de la démocratie libérale (au sens politique du terme, bien entendu).
Pourquoi ? Parce qu’en vérité, et c’est cela que voulait dire Fukuyama à ce qu’il me semble, la démocratie est le seul système politique dans lequel l’humanité advient à elle-même, dans lequel  l’humanité devient enfin adulte, c’est-à-dire, au sens propre, autonome. Dans son petit essai, Qu’est-ce que les Lumières ? (Was ist Aufklärung ? 1784) Kant parle déjà à ce propos de la « sortie de la minorité » : du moment où l’humanité devient adulte, ose savoir,  veut s’organiser en République, veut vivre dans un régime qui est celui de l’autonomie. Comme le dit Rousseau dans Du contrat social (1762) : la liberté, c’est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite. Fukuyama voulait souligner que nous sommes incapables, pour des raisons structurelles de fond, d’imaginer un système au-delà de la démocratie. C’est en ce sens qu’il parlait de « Fin de l’Histoire », et je crois que la chute du Mur et les événements qui ont suivi ne lui ont pas donné tort - l’apparition de théocraties fondamentalistes ne contredit en rien son analyse, car elles ne représentent absolument pas un équivalent du communisme parce qu’elles n’ont en réalité aucune prétention à l’universalité.
La preuve ? Sur la carte du monde des années 1970 : à l’est, en Amérique latine, au cœur même de l’Europe (avec l’Espagne de Franco, la dictature qui règne encore au Portugal avant la révolution des Oeillets, ou encore la Grèce des colonels…) on ne voit que des régimes totalitaires. Depuis une quarantaine d’années, nous assistons à la victoire quasi-universelle des valeurs démocratiques. Il n’y a pratiquement qu’un môle de résistance : le fondamentalisme islamiste. Partout ailleurs, que ce soit dans les pays de l’Est, en Amérique latine, en Europe, en Inde ou même en Chine aujourd’hui, le modèle démocratique libéral, tel que l’Europe le conçoit, gagne du terrain.
Nous vivons un paradoxe : une victoire quasiment sans partage des valeurs européennes (hors quelques théocraties arriérées) en même temps qu’un déclin économique et social de l’Europe. Dans le contexte de la mondialisation, l’Europe est attaquée de plein fouet par les BRICS qui pratiquent objectivement un dumping qui nous plonge dans le déclin économique et social. Paradoxalement, ce déclin n’empêche pas la victoire des valeurs européennes dans le monde entier. La récupération dont les révolutions arabes ont été les victimes n’y change rien. Le Printemps arabe est l’expression, pour la première fois, de cette revendication d’autonomie démocratique.
Fukuyama a été  clairvoyant. On lui a prêté la thèse absurde selon laquelle il ne se passerait plus rien... Ce n’est évidemment pas le sens de son propos. De même que Sartre pensait avec Merleau que  le marxisme était l’horizon indépassable de notre temps,  Fukuyama pensait que le modèle démocratique est indépassable… Il n’en est pas moins perfectible, bien sûr. On peut être un peu plus démocrate ou un peu plus républicain, mais globalement l’idée démocratique est bel et bien l’horizon indépassable d’une humanité parvenue à l’âge adulte.
La victoire du modèle démocratique européen vient tout simplement du fait que ce modèle est  le seul dans lequel femmes et hommes sont traités comme des être majeurs, enfin autonomes, non seulement sur le plan politique, mais aussi esthétique, culturel, amoureux, etc.

VA : Je passe à un tout autre sujet : comment expliquez-vous la perte d’influence des grands médias ? Pourquoi ont-ils cessé d’être des caisses de résonnance pour devenir des miroirs de ce que pensent nos élites (de plus en plus déconnectées de la réalité et de la population) ? Pourquoi ne reflètent-ils plus l’engagement intellectuel, ou un idéal politique ?

LF : C’est une vraie question… Deux professions aujourd’hui sont très largement décrédibilisées : celle de journaliste et celle d’homme ou femme politique. Nos concitoyens leur font de  moins en moins confiance, et beaucoup sont tentés de s’informer sur internet où le pire et le meilleur se côtoient. Si internet et les réseaux sociaux, rencontrent autant de succès, c’est en partie parce que beaucoup s’ imaginent que les médias sont plus ou moins contrôlés par les politiques, ou plus généralement par les « puissants ». La vérité est toute autre. La perte de crédibilité des grands médias (tous supports confondus) n’est pas due à un pseudo contrôle par des être maléfiques qui tireraient les ficelles, mais à la toute puissante et dévastatrice logique de l’audimat. Le maître de la presse aujourd’hui c’est lui, c’est l’audimat, et cette logique l’emporte souvent sur la logique de la vérité. C’est là que le bât blesse.
Quand une fausse info sort dans la presse, comme ce fut le cas par exemple pour la pseudo affaire Baudis,  ce n’est pas essentiellement par manque de probité de la part des journalistes qui se sont plantés, mais parce que celui qui lâche le morceau se dit que, de toute façon,  le secret ne sera pas maintenu très longtemps et que le risque qu’un concurrent profite de cette « information » pour faire de l’audimat est trop important pour qu’il prenne le temps de vérifier sa source. Cette course au scoop pour faire de l’audience, attisée par la concurrence,   l’emporte sur la logique de la vérification et du sérieux. On pourrait citer des dizaines d’exemples récents…
Cela entraîne toutes sortes d’effets pervers, notamment le fait qu’à la Une des grands journaux, on joue en permanence sur le catastrophisme et sur tout ce qui peut susciter l’émotion et l’indignation,  qui sont le carburant principal de la presse. Chaque matin, lorsque nous écoutons la radio, nous sommes pour ainsi dire sommés de nous indigner. L’audimat c’est le procès sans sujet, ce que Heidegger appelait « le monde de la technique ». Le triomphe du monde de la technique, c’est celui d’un univers où les finalités disparaissent au profit de l’accroissement des moyens : ce ne sont pas les objectifs ou les fins qui comptent, mais d’augmenter les moyens pour augmenter les moyens. Augmenter la puissance médiatique pour augmenter la puissance médiatique. On est dans une logique où la vérité n’a qu’une importance relative. Et dans la mesure où les médias travestissent par trop la vérité ou la contredisent, ils contribuent à se décrédibiliser davantage encore.

VA : En 2012, nous avons commémoré les 20 ans du marché unique (plus exactement l'achèvement du marché unique européen) : comment réconcilier les peuples, et en particulier les Français, avec le rêve européen (simples citoyens, industriels, entrepreneurs, politiques…) ? Comment donner un nouvel élan au marché unique, favoriser l’économie sociale et la coopération en Europe dans un climat de saine compétition, tout en accroissant l’efficacité économique dans ce contexte de défiance et, disons-le, de désamour, européen ?

LF :  Il existe deux réponses possibles, à ce qu’il me semble. Tout d’abord, il faut distinguer Europe et Union européenne. Il faudrait que nos politiques parlent davantage de l’Europe avant de parler de l’Union européenne, qui est un artéfact compliqué, qui ne fonctionne pas très bien. On parle de la paix en Europe, mais les jeunes générations s’en tapent. La paix va de soi pour elles, et il n’est même pas tout à fait certain que, faute de la connaître, elles n’aient pas une certaine nostalgie de la guerre.
Il faut plutôt mettre l’accent sur l’Europe en tant qu’espace de liberté, de  civilisation, d’autonomie à tous les niveaux : politique, juridique, familial, esthétique, etc. L’Europe, c’est d’abord et avant tout la civilisation de la peinture hollandaise, qui n’est plus religieuse, et du mariage d’amour qui n’est plus imposé, pour évoquer deux symboles, bien plus encore que la civilisation de la paix. Quand on voyage, on est frappé par le fait que nous vivons, non seulement dans un espace de prospérité incroyable, mais plus encore dans un espace de liberté inimaginable ailleurs. Parler de paix à des jeunes de 15 ou 20 ans qui n’ont jamais connu la guerre n’a pas grand sens. Parler de prospérité à des jeunes Européens touchés de plein fouet par le chômage (50% des jeunes espagnols sont chômeurs et quittent le foyer familial en moyenne à 31 ans  et il y a, même chez nous, 20% de chômage chez les jeunes !) n’est pas fait pour les convaincre non plus.
La deuxième réponse consisterait à expliquer pourquoi l’Union européenne est importante : l’union européenne étant entendue ici comme l’infrastructure, le support de la civilisation européenne. Si l’Union explose, cette civilisation risque tout simplement de disparaître. Tant que l’Inde et la Chine n’étaient pas des acteurs importants du monde capitaliste, de la mondialisation « libérale » au sens où nous l’entendons aujourd’hui, tant que les BRICS ne comptaient pas, l’Europe pouvait vivre assez tranquillement dans un certain libéralisme économique, dans une politique du laisser faire, laisser passer. Mais aujourd’hui, ne pas avoir de politique sociale, économique et monétaire européenne est juste absurde. Une zone euro avec 17 taux d’endettement différents, donc 17 taux d’intérêt différents sans politique monétaire commune est un non sens.
L’enjeu, aujourd’hui, serait de réussir à créer une véritable Europe fédérale, au moins sur le plan monétaire et économique,  avec un ministère des Finances européen, avec une BCE (Banque Centrale Européenne) aux ordres de ce grand ministère des Finances capable d’émettre des eurobonds. Cette solution permettrait de sortir de la crise. Nous en sommes incapables aujourd’hui par manque de courage, de lucidité, par repli sur les intérêts nationaux, et parce que nous n’avons pas de grand leader européen, ni en France, ni en Allemagne. Il faudrait que le couple franco-allemand décide de bâtir une Europe fédérale avec les autres Etats, car la  crise de l’euro est évidemment due au fait qu’il n’y a pas de souverain derrière l’euro. Derrière le dollar, vous avez l’armée américaine. Derrière l’euro, vous avez 17 pays qui se tirent la bourre sur le plan fiscal ! Ce n’est pas viable. Cette absurdité ouvre la voie à toutes les critiques, et finit par ouvrir un boulevard  aux extrémistes qui veulent sortir de l’Union. Il faut, au contraire, plus d’Europe, une Europe fédérale, tout au moins sur les plans économique, social et monétaire. C’est vital si on veut éviter le déclin, non pas de l’union européenne, mais de la civilisation européenne.
Avez vous lu, dans ce contexte,  le rapport de l’ONU sur les mariages forcés dans le monde ? Une fille sur trois est mariée avant d’avoir atteint 18 ans et, d’ici à 2020, on estime que 142 millions de petites filles seront mariées de force si les tendances actuelles se poursuivent. L’Europe, c’est ce qui a permis de se préserver de cette catastrophe que représente le mariage forcé pour les filles (pour certaines avant l’âge de dix ans). En plus de subir des viols précoces, des problèmes de santé liés aux MST, ces enfants n’auront jamais accès à l’instruction, ni l’occasion de se forger un destin autonome. Si j’étais un homme politique, c’est de cela dont je parlerais : de ce que l’Europe représente en termes de liberté et de possibilités de vie par rapport au reste du monde. Mon propos n’est pas de stigmatiser les autres, mais  de savoir ce que nous voulons comme modèle. Si nous pensons qu’il n’y a pas d’homme libre sans femme libre, il faut expliquer  la signification de la civilisation européenne avant de rentrer dans les questions techniques liées à l’UE.
Que s’est-il passé en Europe pour que nos filles soient préservées de l’horreur du mariage forcé ? Quelles sont nos valeurs ? Comment les défendre et les proposer au reste du monde ? Je ne parle pas de les imposer ; nous ne sommes plus aux temps de la colonisation… Ce n’est évidemment pas en parlant des  eurobonds ou de l’indépendance de la BCE qu’on séduira les foules. Même si ce sont des questions importantes, il faut d’abord parler en termes de civilisation et de valeurs. L’Europe a un modèle à proposer : elle a créé un espace de liberté et de bien-être à nul autre pareil dans l’Histoire, pas même aux Etats-Unis où il existe une « misère noire », sans protection sociale, et un rapport à la laïcité qui n’est pas le même que le nôtre. On n’imagine mal sur nos euros : « In God we trust ». C’est cela qu’il faut faire passer quand on parle de l’Europe.

*Luc Ferry est l’auteur de nombreux ouvrages, dont L’Homme-Dieu ou le sens de la vie (Grasset, 1996). Qu’est-ce qu’une vie réussie ? (Grasset, 2002). Face à la crise. Matériaux pour une politique de civilisation (Odile Jacob, 2009).  La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque (Plon, 2010). La Politique de la jeunesse (avec Nicolas Bouzou. Odile Jacob, 2011). Il tient une chronique régulière dans Le Figaro. Le public peut aussi assister à ses leçons de philosophie chaque jeudi au théâtre des Mathurins. Pour Luc Ferry : « Le but de ces « leçons » est de rendre parfaitement accessibles à un large public dix très grands moments de l’histoire de la pensée occidentale, dix clefs essentielles pour comprendre le temps présent et se comprendre soi-même. Il ne s’agira pas de résumer des doctrines, ni de vulgariser en simplifiant à l’extrême, mais de faire saisir chaque fois de manière compréhensible par tous ce que les plus grandes visions du monde ont d’essentiel, de plus profond et d’infiniment précieux à nous offrir pour nous repérer dans l’existence, pour en penser le sens – bref ce que, de chacune d’elles, il faudrait «emporter sur l’île déserte ».
Prochaines conférences : jeudi 30 mai à 12H30 : « Heidegger et Sartre : le monde de la technique et l'existentialisme ». jeudi 6 juin à 12H30 : « Philosophie du temps présent : déconstruction, mondialisation, amour ».
Conférences le lundi également : 10 juin à 12h30 leçon sur Spinoza et 17 juin même heure sur Hegel.



[1] Le premier livre qui nous la rapporte, c’est L’Odyssée d’Homère au VIII°siècle avant J.C.

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